Lorsque j’ai commencé le yoga il y a quatre ans, c’était plus par obligation que par intérêt. Une posture voûtée et un mal de dos récurrent ont eu raison de mes préjugés sur le yoga. Je me souviens de ma gêne au début. Au lieu d’être assis droit avec les jambes en lotus, j’avais le dos tout rond et les genoux qui pointaient vers le ciel comme une grenouille. Je n’avais pas d’autre solution que d’accepter mon imperfection et de confronter ma peur du regard des autres.
Plusieurs mois se sont écoulés jusqu’à ce que je réalise qu’au lieu de me juger, « les autres » étaient en fait bienveillants et encourageants. S’agissait-il d’une autre espèce que les humains que je connaissais jusqu’alors ? C’est comme ça que j’ai découvert que le yoga était plus que de l’exercice physique, et qu’il s’agissait d’une philosophie de vie. Par chance, j’étais entouré de gens qui avaient un peu d’avance sur moi.
Aujourd’hui, je ris bien de ces premières expériences. Qu’est-ce que j’en ai appris ! Bien que les hanches de la grenouilles se soient un peu ouvertes, ce n’est finalement pas sur le tapis de yoga que j’ai appris le plus. Les difficultés rencontrées à entrer dans une pose ou à y rester sont de simples métaphores pour les situations difficiles rencontrées dans la vraie vie. La pratique du yoga est une exploration qui m’a permis de repousser, semaine après semaine, les limites de mes possibles. Et quelque part sur ce chemin, j’ai découvert la bienveillance.
Cette citation de mon prof* résume une grande partie de mon apprentissage :
« If you’re not ready for yoga, yoga will wait for you. »
C’est comme une voix rassurante qui dirait « Fais ce qui est bien pour toi. N’écoute pas celui qui te dit de faire ceci ou cela, même pas ton prof de yoga. Ne te culpabilise pas si tu n’es pas prêt pour le yoga, le yoga t’attendra. D’ailleurs, le fait que tu pratiques le yoga ou pas n’a de toute façon aucune importance ».
Mais dans ce cas, à quoi bon se plier dans toutes sortes de postures improbables ? La même petite voix répondrait, en changeant légèrement le ton, et dirait « quand tu seras prêt et que tu auras choisi d’apprendre, il n’y aura plus de place pour ton ego… et il faudra te sortir les pouces, mon petit. » Dit plus poliment, c’est l’intention et la volonté que je vais mettre dans mon action qui lui donneront du sens et qui me permettront de découvrir, comme un enfant qui joue, un espace nouveau en dehors de ma zone de confort.
Quel est l’enseignement que j’ai retiré de cette simple phrase ?
J’ai tendance à comparer ma vie à une série de choix qui m’appartiennent et que je prends librement. J’accorde beaucoup d’importance à mes choix, parce que j’ai de grandes attentes sur ce que j’aimerais accomplir dans la vie. Pourtant, je n’ai encore jamais eu l’occasion de comparer un choix avec son scénario inverse. La réalité ne m’offre toujours qu’une seule expérience et ma vie ne suit qu’un seul scénario.
Alors comment savoir si mes choix étaient bons ou pas ? Impossible de le savoir, puisque l’alternative n’est jamais explorée. Et si l’importance de mes choix n’était qu’une croyance qui me permettait de me rassurer sur l’existence du « moi » et mon libre arbitre ?
J’ai du apprendre un nouveau mot pour répondre à cette question. Mon ancienne logique « plus j’accorde de signification à mes choix, plus j’ai le sentiment d’exister et plus cela donne du sens et de l’importance à ma vie et au contrôle que j’exerce sur elle » est en fait un sophisme. Wikipédia nous dit qu’il s’agit d’un raisonnement qui cherche à paraître rigoureux mais qui n’est en réalité pas valide au sens de la logique, quand bien même sa conclusion serait pourtant la « vraie ».
J’ai alors exploré le sens opposé, l’envers de mon intuition. Petit à petit, j’ai diminué l’importance de « justesse » de mes choix et, pour y parvenir, j’ai du commencer par diminuer drastiquement mes attentes. Ça a commencé par une forme de détachement qui s’est rapidement transformée en une expérimentation du lâcher-prise. Le parallèle avec le yoga devient évident, la respiration et le lâcher-prise sont les seuls axes pour progresser dans une posture de yoga. La magie commence lorsque le développement personnel et l’ouverture du corps se rejoignent et se complètent sur un seul et même chemin.
C’est ce parcours qui m’a amené à découvrir la possibilité de vivre dans la patience, la simplicité du moment présent et dans la bienveillance envers moi-même et envers les autres. C’est en n’attendant rien de la vie, que les plus belles choses se produisent. C’est en partie de cette énergie qu’est né le projet d’ArboLife (récit pour un autre article).
La bienveillance et ArboLife
La bienveillance est une de nos valeurs fondatrices. Nous la vivons dans notre collaboration interne qui utilise les principes de la sociocratie, c’est-à-dire que nous fonctionnons sans hiérarchie et que chacun participe aux décisions stratégiques. Nous l’appliquons envers notre public : si tu n’es pas prêt pour une activité ou un mode de vie proposé sur ArboLife, autant ce mode de vie qu’ArboLife t’attendront. Nous respectons ton chemin et tes choix sans jugements.
Cette bienveillance, je la vis d’abord avec moi-même. Voici mes derniers exemples en date :
- Si je ne suis pas prêt à écrire un article de blog, alors le blog m’attendra
- Si je ne suis pas prêt à manger cru, alors l’alimentation crue m’attendra
- Si je ne suis pas prêt pour le minimalisme, alors le minimalisme m’attendra
- Si je ne suis pas prêt à m’engager dans un projet, alors ce projet m’attendra… ou pas, mais quelle importance au final ?
Et toi, qu’est-ce qui t’attendra « si tu n’es pas prêt » ? Partage ta phrase dans les commentaires et découvre comme il fait bon d’être bienveillant envers toi-même.
A propos de l’auteur
Marc Mathys est un des pionniers d’ArboLife, il est coach, pratique le yoga, cultive la bienveillance et ne se prend pas plus au sérieux.
Référence:
* Vincent Baettig @ Resonant Worlds