L’eau ruisselle sur le toit incliné vers le nord et est amené vers les citernes enterrées ((image intro)
Vivre l’autonomie à 100% signifie être coupé du réseau d’alimentation en eau et s’approvisionner soi-même de cette denrée si précieuse. Dans un cas idéal, de l’eau de source est disponible sur le terrain. Si la maison se situe au-dessus d’une nappe phréatique, un puits avec une pompe peut être installé. Mais quand nous nous trouvons dans le désert du Nouveau Mexique et que le sol est sec à assoiffer les lézards, il n’y a pas d’autres alternatives que de se tourner vers le ciel et de récupérer précieusement chaque goutte d’eau tombant sur son toit.
Dans le désert, l’eau ne se gaspille pas!
A Taos au Nouveau Mexique, il pleut environ 200 mm de pluie par année, contre 1’000 mm en Suisse. Certes, ce n’est pas le Sahara, mais c’est suffisamment peu pour que le climat soit considéré comme désertique. Dans ces conditions, le gaspillage est proscrit et chaque goutte d’eau est conservée pour en faire le meilleur usage! Le toit du Earthship fait office de surface de captage avec une inclinaison vers le nord. L’eau ruisselle sur le toit et est conduite vers des citernes enterrées derrière le mur nord du bâtiment. Un filtre (très) artisanal composé d’un bol à salade rempli de gravier est installé à l’entrée des citernes pour empêcher l’arrivée de matière organique et éviter le développement de bactéries et la contamination de l’eau. L’eau est stockée dans des citernes en plastique (PE). Pour avoir des réserves suffisantes et survivre aux périodes sans pluie, un volume d’env. 50 m3 pour 3 ou 4 habitants est nécessaire (en Suisse, 15 à 20 m3 seraient suffisants).
Le filtre rudimentaire à l’entrée de la citerne est composé d’un bol de salade rempli de gravier. En Suisse, en raison des grandes quantités de feuilles mortes à l’automne, un filtre plus sophistiqué est nécessaire.
La pluviométrie du Nouveau Mexique est une contrainte importante du Earthship. On reproche souvent au Earthship la surface au sol qu’il nécessite et pour cette raison, il ne représente pas pour beaucoup de spécialistes une solution de l’habitat du futur en milieu urbain. En fait, si le Earthship était construit sur plusieurs étages et habité par plus d’habitants, la quantité d’eau captée serait insuffisante dans le climat du Nouveau Mexique. Sous d’autres climats plus humides (comme la Suisse), cette contrainte est moins astreignante et il serait possible de capter suffisamment d’eau, même avec un bâtiment à plusieurs étages.
Filtration selon ses besoins
L’eau stockée dans la citerne a une qualité insuffisante pour être consommée et doit être filtrée. En Suisse, nous consommons environ 250 L d’eau par jour par habitant, dont 2 à 3 L pour la boisson et 20 à 25 L pour la cuisine et la vaisselle. L’eau de boisson et de cuisine doit être de très haute qualité. Pour le reste, c’est-à-dire les toilettes, la douche, la machine à laver le linge, le jardin, etc. (près de 90 % de notre consommation), une qualité inférieure n’est pas problématique. Les développeurs du Earthship, conscients que seulement 10 % de l’eau consommée doit avoir la qualité « eau potable », filtrent en fonction de l’utilisation: une filtration grossière pour la douche, la machine à laver et les toilettes et une filtration très fine (filtre en céramique ou osmose inverse) pour la cuisine et la salle de bain. Ainsi, l’eau est toujours disponible à la qualité souhaitée avec un débit suffisant, ceci avec une petite installation de filtration.
Système de filtration et de mise sous pression à l’intérieur d’un Earthship. A droite, le filtre en céramique permet d’atteindre une qualité « eau potable ».
La crainte principale qui empêche le commun des mortels de consommer de l’eau de pluie est qu’elle absorbe les polluants atmosphériques et ainsi inconsommables. Dans le désert du Nouveau Mexique, l’air n’est pas vraiment pollué et les différentes étapes de filtration suffisent à éliminer les éventuelles pollutions. Du coup, le Earthship ne s’attaque pas à cette problématique. En milieu urbain, cette crainte est tout à fait justifiée. La pollution atmosphérique est plus importante et il est possible que les filtres ne soient pas suffisants pour retenir tous les polluants. Cependant, des solutions simples existent. La pollution est toujours concentrée dans les premiers millimètres de pluie, qui « nettoient » l’atmosphère. Après de fortes pluies, tout le monde s’est déjà rendu compte que l’air est pur et agréable à respirer! Pour pouvoir consommer l’eau de pluie en ville, il suffit de jeter les 1 à 2 premiers mm de pluie. Les millimètres de pluie suivants sont beaucoup plus purs et peuvent être conservés. Avec quelques notions d’hydraulique et en s’inspirant du réservoir de vos toilettes, concevoir un système que jette les premiers millimètres de pluie ne devrait pas être une tâche insurmontable.
Système permettant de jeter les premiers millimètres de pluie. Observé à la Clé de Sol à la Tour-de-Peilz en Suisse.
Avantage et inconvénients de l’eau de pluie
L’eau de pluie tombe gratuitement du ciel et n’a besoin que d’installations simples (pas de stations de pompage ni de réseau de conduites). Mais le plus grand avantage est qu’elle ne contient pas de calcaire. Vos machines à laver le linge, vos lave-vaisselle ou vos machines à café vous en remercieront et vivront quelques années de plus!
L’inconvénient de l’eau de pluie est qu’elle contient peu de minéraux et certains consommateurs pourraient éventuellement présenter des carences alimentaires quand elle est utilisée comme eau de boisson. Ces carences peuvent cependant être largement compensées par une alimentation saine et équilibré.
Consommer l’eau de pluie dans le contexte suisse
En Suisse, l’eau est généralement abondante et les réseaux de distribution public assurent une eau potable de qualité, rarement chlorée (un traitement aux UV est généralement suffisant) à des prix abordables. Dans ces conditions, se connecter au réseau est l’option la plus simple que je privilégierais probablement. Cependant, dans les zones karstiques comme le Jura, capter l’eau de pluie est peut-être l’option la plus adaptée, plutôt que de déplacer l’eau sur des kilomètres, nécessitant de grosses installations. De plus, pour les maisons isolées, récupérer l’eau de pluie est peut-être une approche plus sensée que de poser des kilomètres de conduites.
Financièrement, installer une récupération de l’eau de pluie est un investissement rentable sur le long terme (ce n’est pas l’affaire du siècle, mais quand même!). On économisera le coût de nombreux m3 d’eau et on changera moins souvent les appareils électro-ménager.
Ce qui me plaît dans l’approche du Earthship, c’est la reconnaissance de la valeur de la ressource eau de pluie. Pendant longtemps en Suisse, elle a été considérée comme un déchet et l’eau tombant sur nos toits était acheminée à la station d’épuration pour être traitée. Après de fortes pluies, les stations d’épuration avaient souvent tendance à déborder… Heureusement, nous revenons en arrière aujourd’hui. Plutôt que de l’amener à la station d’épuration (pour les nouvelles constructions, car pour les anciennes, cela nécessitera des dizaines d’années pour séparer totalement les eaux de pluie des eaux usées à traiter), nous l’infiltrons dans le sol ou l’amenons directement dans un cours d’eau. La prochaine étape sera-t-elle de valoriser cette ressource gratuite et de l’utiliser dans nos ménages, comme le Earthship?
Ce qu’il faut retenir
Après filtration, l’eau de pluie peut tout à fait atteindre une qualité d’eau potable.
L’eau captée sur les toits devrait être valorisée plutôt que d’être considérée comme un déchet.
L’eau de pluie contient peu de minéraux. Ceci pourrait être un problème pour l’alimentation. D’un autre côté, vos appareils ménagérs vous en remercient et vivent beaucoup plus longtemps.
A propos de l’auteur:
Ingénieur en environnement de formation, Dimitri Dousse est un passionné de durabilité. Son récent voyage d’une année avec comme fil conducteur sa passion l’a mené au Nouveau-Mexique où il a suivi la formation académique sur les Earthships. Aujourd’hui, il a à cœur de partager ses connaissances de l’habitat durable et écologique et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour le futur en donnant des conférences et en écrivant sur son blog www.batissonsnosreves.ch